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Le samedi 09 février 2008
Échanges venimeux entre écologistes et charmeurs de serpents


Photo AFP Agence France-Presse


Marrakech, Maroc

Des écologistes ont lancé une campagne internationale contre la «carte postale» de Marrakech, les charmeurs de serpents de la place Jemaa El-Fna, qu'ils accusent de ne pas être du tout charmants avec leurs reptiles.

Cette croisade a froissé cette corporation ancestrale dont les membres affirment au contraire s'occuper de leurs ophidiens «comme de leur propres enfants».

«Touristes, détournez vous des spectacles indignes qui maltraitent les animaux, ou mieux encore allez exprimer votre indignation au commissariat près de la place Jamaa el-Fna», affirme l'appel que vient de lancer le Groupe d'Études et d'observation pour la sauvegarde des animaux sauvages et des écosystèmes (GEOS), une association dont le siège est à Montpellier dans le sud de la France.

L'appel au «boycottage des spectacles des serpents et autres pratiques basées sur la maltraitance animale et l'exploitation de la biodiversité au Maroc», a recueilli en quelques jours, selon son initiateur Michel Aymerich, 200 signatures de différents pays, dont celles d'une quarantaine de Marocains.

Originaire de Casablanca mais habitant Agadir, ce politologue français de 49 ans est passionné par les animaux venimeux comme les scorpions, serpents et autres araignées, qui sont «les plus mal aimés de la nature».

«Tous ces spectacles ne sont qu'impostures et maltraitance des cobras, vipères heurtantes et couleuvres de Montpellier aux fins de la perpétration d'un spectacle moyenâgeux», se révolte M. Aymerich.

«Il faut savoir que les serpents sont sourds et ne réagissent qu'aux gestes. Les seuls qui se dressent face à la flûte sont les cobras, non par goût de la musique, mais parce que se sentant menacés par toute présence hostile, ils adoptent instinctivement par comportement défensif, cette spectaculaire érection toute coiffe déployée», explique-t-il à l'AFP.

«En plus, on leur enlève la plupart du temps leurs crochets venimeux ou leurs glandes, ce qui occasionne des abcès et une mort lente et douloureuse», assure-t-il.

Mais, selon lui, crochets arrachés ou pas, les serpents sont terriblement stressés par les manipulations et le gavage et meurent après quelques semaines alors que la durée de vie de ces reptiles et de 12 à 15 ans.

«Ces gens ignorent complètement notre métier. Ces reptiles sont comme nos enfants. Nous veillons à leur éducation, leur nourriture et leur santé car ils constituent notre ressource quotidienne», a affirmé à l'AFP le doyen des charmeurs de serpents de Marrakech, Lhoussine Hajjaj, 80 ans.

«Nous les nourrissons avec des oeufs, des oiseaux et des cœurs d'ovins que nous achetons. Quand un des serpents est fatigué, nous demandons au vétérinaire de prescrire des médicaments», ajoute-t-il.

Le vieil homme a formellement rejeté «la rumeur mensongère sur l'ablation des crochets et du venin. Si c'était vrai pourquoi y aurait-il des victimes parmi nous?». Il a également démenti que les reptiles mouraient après quelques mois. «C'est faux puisqu'il y a un cobra de plus de 10 ans sur la place de Jemaa El Fna», a assuré le charmeur.

Ce sont les Aïssaoua, adeptes d'une confrérie religieuse fondée au XVIe siècle par Sidi Mohamed Ben Aïssa, qui sont spécialisés dans la chasse de ses animaux dans la région de Guelmim, dans le sud du Maroc.

«Ils les vendent aux charmeurs de serpents de Marrakech et aux marchands de souks qui proposent des animaux morts ou vifs, pour la plupart des espèces protégées», souligne-t-il.

M. Aymerich propose comme solution alternative de transformer la région de Gulemim en parc naturel et que les Aïssaoua soient formés comme guides pour montrer aux touristes cette faune sauvage.